Pourquoi je suis devenue végétarienne

Après quasi 28 ans “d’omnivorisme”, je suis passée au régime végétarien en juillet 2014. Après coup, je me suis rendue compte que cette conversion végétarienne est la conséquence logique d’un cheminement de pensée qui a commencé il y a plusieurs années maintenant.

Retrouvez aussi des portraits de végéta*iens sur le site Végéactu

Une réflexion amorcée depuis plusieurs années

Il n’y a ni végétarien ni défenseur des animaux dans mon entourage (d’un autre côté, y a pas de chasseurs ni de pêcheurs ni de bouchers non plus).
Mais j’ai toujours vécu avec des animaux (principalement des chats), et je me suis toujours souciée de leur bien-être.

Des expériences marquantes

Je fais de l’équitation depuis que j’ai 6 ans. Et comme toute personne qui pratique un tant soit peu ce sport, j’ai été confrontée à des lieux où la maltraitance animale fait partie du quotidien.
Je me souviens d’un autocollant que plein de cavaliers avaient collé sur leurs affaires. Il disait “Un cheval, ça ne se mange pas.” (mais ça s’exploite)
J’étais petite et je me demandais, indécise : “Mais un chat, une souris, un lapin… on peut en manger ?!”. Je ne le savais pas encore, mais je venais de découvrir le spécisme (le racisme inter-espèces).

Il y a quelques années, par un concours de circonstances, je me suis retrouvée dans un élevage sous-traitant de Charal. J’y ai nourri quelques centaines de veaux pataugeant dans leurs excréments, confinés dans des boxes collectifs bondés et jamais nettoyés, J’ai vraiment réalisé le traitement qui leur était réservé avant de partir pour l’abattoir (après 6 mois d’une vie misérable).
Ca m’a complètement dégoûtée… mais pas assez pour arrêter de manger de la viande ou pour me documenter sur la question.

Vivre l’injustice

C’est comme ça, c’est ma personnalité, je suis extrêmement sensible à toute forme d’injustice. Pour tout vous dire, ca me rend malade.
Pas de bol pour ma santé mentale, je suis une femme. En un peu moins de trente ans, j’ai donc entendu une certaine dose de réflexions sexistes. Bon ça pourrait être pire, je pourrais en plus avoir la peau foncée ou un nom à consonance étrangère, être homosexuelle ou pratiquer une religion minoritaire, ou même avoir plusieurs de ces caractéristiques en même temps.
Je pense que d’avoir vécu une forme de discrimination m’a rendue sensible, par empathie naturelle, à la cause animale.

Je me définis comme égalitariste forcenée : entre les sexes, les peuples, les cultures… il n’était pas logique de ne pas l’être avec les espèces animales 😉

Des livres

J’aime lire. Je lis principalement des documentaires ou des essais, assez peu de fictions.
Depuis quelques années, par intérêt personnel et aussi dans le cadre de mon travail, je me documente sur l’expérience de vie en camps de concentration et d’extermination. Oui je sais, c’est pas un sujet joyeux, mais ça m’intéresse (et pas par voyeurisme morbide). Les conditions de vie en camp, extrêmes et tragiques, font ressortir ce dont est capable l’être humain : le plus incroyable, dans le bon comme dans le mauvais sens. Bref, j’y vois de la sociologie appliquée.

Alors quand, au hasard de mes promenades sur la Toile, j’ai découvert des articles sur le fonctionnement des abattoirs, puis par la suite lu l’excellent et ô combien émouvant, 180 jours d’Isabelle Sorente, le parallèle avec les camps d’extermination s’est fait immédiatement dans mon esprit.

Le langage technique, les procédés appliqués, l’organisation… tout est similaire, c’est effarant. J’ai compris que l’homme s’exerce sur les animaux avant de reproduire sur les humains ce qu’il a appris.
Ca a été un gros choc pour moi.

N.B. : Ce n’est qu’après que j’ai découvert que c’était une thèse largement connue et acceptée dans le milieu de la défense des animaux, mais beaucoup moins par le grand public (par méconnaissance aussi bien du fonctionnement des camps que de celui de l’industrie de la viande, à mon humble avis).

Le livre à lire sur le sujet : Un éternel Treblinka de Charles Patterson

Un peu de logique et cohérence dans ce monde de brutes

Je travaille dans un domaine en lien avec les sciences pédagogiques et de l’éducation. Je connais les répercussions psychologiques et neurologiques causées par la maltraitance et la violence (ordinaire). Mon boulot consiste, entre autres choses, à diffuser les valeurs de bienveillance et de non-violence. Ces valeurs sont aussi mises en application dans mon entreprise. Et je m’efforce du mieux que je peux de les suivre dans ma vie quotidienne.

Vegan

A un moment donné, je me suis rendue compte que je n’était pas en accord avec moi-même. C’est à la fois aussi simple et aussi difficile à supporter que ça.
Je suis contre toute forme de discrimination, je me soucie énormément du bien-être des animaux dont je m’occupe, je me dis bienveillante et non-violente… et je mange des animaux.
Vous voyez le truc qui cloche ?

J’ai juste besoin d’être au clair avec ma conscience, de pouvoir me regarder dans une glace sans rougir.

I have a dream

Je ne suis pas (encore) une grande activiste de la cause animale. J’ai des doutes sur comment militer pour le bien-être des animaux (ça fera certainement l’objet d’un prochain post). Je ne fais pas de “prosélytisme” végétarien, je ne m’offusque pas des gens qui mangent des animaux autour de moi. Pour l’instant, ma démarche assez intérieure.

Je ne doute pas qu’un jour, une majorité de l’humanité sera végétarienne que ce soit par choix ou par contrainte. Même si ça parait impensable aujourd’hui, demain, des pays et des lois mettront officiellement les animaux humains et non-humains sur un pied d’égalité.
Il a fallu 400 ans pour abolir l’esclavage alors qu’il paraissait impossible aux red necks américains tout comme aux philosophes des Lumières de considérer les personnes de couleur comme des êtres humains. Combien de temps faudra-t-il pour que toutes les espèces sensibles soient traitées de façon égale ?

9 Commentaires

  1. Blandine

    Article très courageux!
    Je te conseille cet épisode de Sarah Wiener sur arte
    http://www.arte.tv/guide/fr/050777-003/les-aventures-culinaires-de-sarah-wiener-en-asie
    très intéressant justement par rapport à cette thématique pourquoi devenir végétarien
    je me pose aussi de plus en plus la question…
    merci pour ton blog
    cordialement
    Blandine

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  2. Azyadée

    Oui, bravo Laura pour cette prise de position d’autant plus courageuse qu’elle est encore sujette à beaucoup d’ironie de la part d’un grand nombre de nos contemporains. Bien évidemment, les animaux ont droit au même respect que les humains et leur souffrance programmée est insupportable. Devenir complètement végétarien pose parfois quelques problèmes, par exemple quand on vit avec quelqu’un qui ne l’est pas (ce qui est mon cas), mais ce n’est, après tout, qu’une question d’organisation.
    Merci pour ce site tellement intéressant. Certaines de tes recettes sont devenues incontournables pour moi !

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    1. LauraLaura (Auteur de l'article)

      Merci beaucoup Azyadée 🙂
      C’est vrai qu’avec mon chéri, qui n’est pas végétarien, c’est parfois un peu compliqué pour les repas. En fait quand on est végétarien, il faut complètement revoir sa façon de faire à manger (je ne suis pas une adepte de remplacer la viande par des substituts). Mais on s’y fait et au bout d’une semaine, on ne fait même plus attention ! Ça m’a aussi permis d’agrandir mon répertoire culinaire, et je suis ravie que tu aimes mes recettes 🙂

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  3. VITRAT

    Bonjour,
    tout d abord bravo pour votre article et d exposer pleinement vos idées et convictions. Pour ma part je ne cacheas que je mange des produits d origine animale, cependant je n acheté aucun produit transformes, je vais chez des petits producteurs dont je connais les pratiques, je sais que comment les animaux sont traités. Pour ce qui est du poisson, c es plus complexe, j exclu l élevage et favorise soit les poissons issus de la pêche ou parfois du bio. Je regarde tout de même si les espèces ne sont pas menacées.
    Enfin je ne pense pas que l homme soit fait pour se passer de produits animaux qui continent des éléments que les porduits végétaux ne possèdent pas, notamment les B12, de plus le potentiel d absorption des proteines est vraiment minimes chez les légumineuses et contiennent pas mal de saponines ou autres. Selon moi, ce n’est pas l alimentation qui est à remettre en question entièrement mais la manière dont on la produit. Si on arrête d acheter de la viande en barquette filmée avec un beau logo origine France sans savoir les conditions d élevage et que l on se tourne plutôt vers les personnes respectueuses, apres survient toujours le problème de l offre et la demande…

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    1. LauraLaura (Auteur de l'article)

      Merci de votre témoignage Franck.

      L’homme est un omnivore opportuniste, c’est-à-dire qu’il peut manger “de tout” (pour faire simple) si nécessaire, ce qui a certainement contribué à sa survie aux 4 coins du monde (je pense aux Inuits qui se nourrissent à 98% de produits de la mer). Ca ne veut pas dire qu’il est indispensable qu’il mange de la viande. Il est reconnu depuis belle lurette par des chercheurs et nutritionnistes (sérieux et exempts de tout conflit d’intérêts avec le lobby agro-alimentaire) que le régime végétarien et même le régime végétalien sont sans danger, à tout âge de la vie.
      Concernant la vitamine B12, ça mériterait presque un article entier sur ce blog ! Il faut savoir qu’à l’état naturel, elle est fabriquée par des bactéries intestinales d’animaux et qu’on la trouve par dépôt sur certaines plantes. Mais les sols étant plein de produits chimiques et les produits issus de la terre lavés et relavés, on ne trouve quasiment plus de vitamine B12 dans les végétaux !
      De plus, les animaux que vous mangez sont tous supplémentés en vitamine B12 et indirectement, en les mangeant, vous vous supplémentez également. Au final, il n’y a que les végétaliens qui doivent faire la démarche de prendre de la vitamine B12, les autres sont complémentés à l’insu de leur plein gré. 🙂

      Je comprends votre démarche de recherche de produits de qualité ou respectant certains critères, j’ai aussi fait cela. Mais je pense au final que c’est un faux combat. Au delà de la méthode d’élevage qui, même chez des petits producteurs, même bio, est hautement discutable car elle reste entièrement dictée par des normes d’hygiène et une recherche de rentabilité, les animaux destinés à l’alimentation se font tous tuer dans les mêmes abattoirs qui, comme je l’explique dans l’article, sont des camps d’extermination pour êtres non-humains.

      Après, on peut savoir tout cela et décider de quand même manger de la viande. Chacun fait ses choix, ce n’est pas à moi de juger.
      Je pense juste qu’il faut toujours garder en tête qu’un steak, une saucisse ou un filet est une partie du corps d’un être vivant et sensible… au risque sinon de se déshumaniser.

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  4. Pingback: 1ère année de végétarisme - Le bilan partie 1/2 - Je mange donc je maigris

  5. Sandra

    J’ai eu ma prise de conscience il y a 2 jours, ou plutôt devrais-je dire “électro-choc” ! c’est bête mais il a fallu pour cela que je soies confrontée à des vidéos chocs que je ne voulais pas voir jusqu’à présent.
    Je me retrouve beaucoup dans vos propos c’est fou !
    J’ai commencé officiellement le régime végétarien depuis hier ! c’est tout nouveau, ce ne sera pas facile car j’ai des habitudes alimentaires mais je ferai tout en mon âme et conscience pour m’y tenir. D’ailleurs je vais jeter un coup d’œil sur vos recettes… 😉
    Merci à vous.

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    1. LauraLaura (Auteur de l'article)

      Bravo Sandra pour cette prise de conscience ! 🙂
      Si beaucoup de personnes ne veulent pas voir les vidéos d’abattoirs, c’est bien parce que ça les dérange dans leurs convictions et leurs valeurs.
      Ne vous inquiétez pas pour le changement alimentaire. Au début ce ne sera pas parfait (vous ferez certainement des écarts involontaires ou forcés) mais une fois que vous aurez pris vos marques tout se fera naturellement.
      Si vous avez des questions, vous pouvez m’écrire ou commenter mes recettes. Je vous aiderai avec plaisir. 🙂
      Encore bravo !

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